Pakistan

26 juillet 2015

Même les massacres ne donnent pas lieu aux fêtes

(poème ourdou d'Ahmed Faraz traduit par Hidayat Hussain)

L’on nous demande de trouver un consolateur

Lorsque aucun pacte, aucune promesse ne s'honore

Dans aucun coin de la ville sans défense

Nul cœur, nul giron ne s'offre

 

N’avez-vous pas vu que sur les platanes jadis verts

Se sont réduits en débris les feuilles, les fruits?

Où aller chercher un vol de beaux oiseaux

En prisons se sont transformés les nids

 

Le jardin est devenu un tas de brindilles

Dépouillées de leurs parures sont les palmeraies

Les oiseaux se sont envolés des pins et des chênes

Plus de colombes dans les oliveraies

 

Le prêcheur au pupitre a perdu sa crédibilité

Le buveur sa réputation dans les lieux infâmes

Ceux-ci gardent leurs distances mais s’est effacée la différence

Entre l’édit religieux et la parole profane

 

Les confidents ont pris le parti du messager

Les accointances du quartier de la bien aimée se sont évaporées

Personne pour porter son témoignage

Les pécheurs, les pieux se sont sauvés

 

Qui est là pour répondre à l’appel ?

La ville entière est portée disparue

L'on n'entend ni la parole de Jésus ni souffler le cor de la fin des temps

Et le jour du jugement est révolu

 

Même les massacres ne donnent pas lieu aux fêtes

Quel attrait a désormais le trépas?

Depuis que l’habit vermillon a perdu de son prestige

A quoi bon se tremper dans son sang

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28 mai 2012

Scénario pour la pièce « Sassui et Punnu » jouée lors de la Semaine de la Francophonie à l'Alliance Française Karachi

Réalisé par Hidayat Hussain

 

Projection de l’image de Bhambore sur l’écran, Avec la chanson de Zarina Baloch (http://www.youtube.com/watch?v=RE-wWwr85jM&feature=player_embedded) en arrière-fond :

Bhambore1

 Voix-off :

L’histoire de l’amour de Sassui et de Punnu s’est déroulée à Bhambore, qui  est située à 65 kilomètres de Karachi. Bhambore était un ancien port du Sind à l’embouchure de l’Indus connu également sous le nom de  Daybul. La ville a été détruite soit par un changement du cours de l’Indus, soit par un séisme.

 

Projection de l’image de Monik Kervran lors de sa mission de fouilles dans le Sind :

 

 MAFS-photo-3

 Voix-off:

Monik Kervran, archéologue française qui a dirigé  la mission archéologique française au Sind (MAFS) de 1989 à 2002, a été frappée lors de ses travaux archéologiques à Bahrein et à Oman par la présence d’objets en céramique rouge. La  recherche de la provenance de ces céramiques l’a conduite au Sind. Lors d’une visite privée en 1987, elle a trouvé des carrelages rouges dans de vieux ports du Sind tels que Daybul, que l’on appelle également Bhambore. Ces céramiques dataient du 4ème siècle avant J-C au 10ème siècle après J-C. Le gouvernement français a conclu avec le gouvernement du Sind un accord en 1989 pour effectuer des fouilles archéologiques dans la région. Pour diverses raisons, les fouilles n’ont pu être effectuées à Bhambore mais principalement à Sehwan. Toujours est-il que la mission a découvert six ports qui existaient dans l’antiquité sur la côte du Sind.

 Fort heureusement, Monik Kervran va enfin pouvoir réaliser son projet d’effectuer des fouilles à Bhambore. Elle vient de recevoir l’autorisation nécessaire et va très bientôt commencer son travail.

 Revenons à l’histoire d’amour de Sassui et Punnu :

 Selon les récits, ce conte d’amour date de la période pendant laquelle Raja Dalo Rai régnait sur le Sind. L’un de ses nombreux ministres était un Brahmane, Nathon. Il était très riche mais il n’avait pas d’enfant. L’on raconte qu’un devin avait prédit que Nathon aurait un enfant, une fille, mais qu’elle épouserait un musulman.

 Et ce fut bien une fille que sa femme mit au monde. Quand le Brahmane apprit la naissance de leur fille, sa femme et lui convinrent d’enfermer le nouveau-né dans une caisse et de la jeter à la rivière afin qu’elle soit transportée par le courant vers un autre pays. Le courant emporta la caisse à Bhambore. Le blanchisseur Mohammad, qui lavait du linge au bord de la rivière, la récupéra et amena la petite fille chez lui.  Il la  nomma Sassui. Elle était extrêmement belle, d’une beauté qui alla croissant à mesure qu’elle grandissait, et ainsi sa renommée s’étendit.

 Des caravanes propagèrent la nouvelle de la beauté de Sassui jusqu’à Ketch, au Makran. Punnu, un prince de Ketch, entendant ce qui se disait, se déguisa en marchand et se mit en route pour Bhambore à la recherche de Sassui. Lorsqu’ils se rencontrèrent, les deux jeunes gens ne purent se quitter des yeux.  L’étincelle allumée dans le cœur  de Sassui se transforma en une flamme qui l’embrasa tout entière. Il en alla de même de Punnu.  Sassui confia ses états d’âme à son amie et confidente Saki. Celle-ci tenta de la consoler comme elle put. Mais quand elle sentit que Sassui ne pourrait pas vivre sans Punnu, elle décida de parler à ses parents afin qu’ils demandent à Punnu de l’épouser. Mohammad le blanchisseur, après les vérifications d’usage concernant le futur époux, lui offrit Sassui en mariage. Le père de Punnu, Ary Jam, ne put supporter que son fils épouse la fille d’un blanchisseur. Ainsi ordonna-t-il à ses autres fils d’enfourcher leurs montures afin de partir à sa recherche et de le reconduire à Ketch.

 Parvenus à Bhambore, les trois frères firent boire à Punnu et Sassui un elixir qui leur fit perdre connaissance. Allongeant alors Punnu sur le dos d’un chameau, ils prirent à vive allure la route de Ketch. Cependant, Sassui se réveilla. Ne trouvant plus Punnu à ses côtés, elle se mit à sa recherche, courant en tous sens, désemparée.

 S’apercevant que les trois frères avaient disparu avec leurs montures, elle se lança sur la route en suivant l’empreinte des pas des chameaux. Saki essaya en vain de la retenir. Elle courut, courut, traversant les monts, les vallées, les bois et les rivières, jusqu’au désert qui s’étendait à perte de vue. Epuisée, elle tomba et, avisant un berger qui se trouvait dans les parages, lui demanda s’il avait vu passer une caravane. Le berger, voyant une fille aussi belle, fut gagné par un puissant désir. Il tenta de l’amener de force dans sa hutte, mais Sassui appela Punnu à son aide. A bout de force, elle invoqua son dieu, l’implorant de la faire disparaître sous terre pour la sauver de ce berger malhonnête. Sa prière fut entendue : la terre se fendit sous ses pieds, et. Sassui  fut ensevelie. Lorsque la terre se referma, seul un bout de son foulard dépassait du sol.

 De son côté, Punnu reprit conscience et réalisa qu’il se trouvait ligoté sur le dos d’un chameau. Il en demanda la raison à ses frères, et le cadet lui répondit qu’ils le conduisaient à Ketch comme leur père le leur avait ordonné. Entendant cela, Punnu se débattit de toute ses forces et réussit à se délier. Se jetant à bas du chameau, il se mit à courir si vite que ses frères ne purent le rattraper. Suivant à rebours les traces de pas des chameaux, il s’était élancé dans la direction de Bhambore en criant « Sassui, Sassui !». Il parvint enfin à l’endroit où Sassui avait été engloutie par la terre. Le berger, abattu par ce qu’il avait fait, se trouvait toujours là. Sûr que Sassui s’était également lancée sur la route à sa recherche, Punnu demanda au berger s’il avait vu passer une très belle fille. Le berger pointa alors le bout du foulard qui dépassait du sol. Punnu reconnut le foulard de Sassui, et pria à son tour afin d’être également englouti dans la terre. La terre se refendit. Ainsi Punnu rejoignit-il Sassui dans les profondeurs, et les deux amoureux furent réunis à jamais.

 Selon l’anthropologue français, Michel Boivin, spécialiste du Sind :

Projection de la citation de Michel Boivinsur l'écran :

 « Sassui incarne plusieurs facettes de la culture  sindhi. Née dans une famille de brahmanes, elle fut élevée par un blanchisseur musulman, avant d’être épousée par un prince. Mais la famille de ce dernier n’accepta pas cette mésalliance et ses frères enlevèrent le prince. Les deux amants se chercheront dans les dunes brûlantes du désert avant de sacrifier leur vie pour être à nouveau réunis. Les bardes chantent cette légende depuis des siècles mais dans l’œuvre du soufi Shah Abdul Latif (m. 1752), Sassui est en fait une allégorie de l‘union mystique. »

 Voix-off

 Nous prenons l’histoire au moment où Sassui reprend conscience après l'enlevement de Punnu.  Nous laissons Shah Abdul Latif Bhittai, le grand poète soufi du Sind, qui se fait l'interprète de Sassui, raconter son calvaire en vers:

  

 Sassui

Où est parti mon amour ? Que dois-je faire ? Où dois-je aller ?

Ô mes amies ! On m’a trompée, comment vais-je le retrouver ?

Où est parti mon amour ?

 

Dans mon sommeil j’ai sursauté, une tristesse s’est emparée de moi

Les étrangers sont partis sans moi, Jusqu’à quand verserai-je des larmes

Où est parti mon amour ?

 

Les amies de Sassui essaient de la retenir

Ô mes amies ! Où irai-je le chercher ?

Ces étrangers m’ont abandonnée

 

Ceux du peuple de mon Punnu

Ses élégants frères

Apres avoir paré leurs chameaux

Après m’avoir endormie

 

Ils se sont détournés ces étrangers

Ils m’ont laissée seule ces étrangers

 

Comme cela serait bien, s’ils revenaient

Et m’emmenaient avec eux

J’ai mal de Punnu

Qui va me dire comment il va ?

 

Ils m’ont brisé le cœur

Ils m’ont laissée seule ces étrangers

 

Sassui s’écarte de ses amies qui essaient de la retenir

Allez-vous en mes amies !

La solitude est mon sort

 

Me font signe et m’appellent

Les dunes brûlantes du désert

 

Qu’il ne finisse par vous brûler, vous aussi

Le feu qui me consume

 

La quête de notre union

Où me conduira-t-elle ?

 

Sassui se met à courir

Ô mes amies !

L’étendu de l’univers est devant moi

 

Ceux qui cherchent la facilité n’ont rien à faire ici

Il n’y a que des épreuves devant moi

 

Le courage de tout surmonter

Les limites de l’impossible sont devant moi

 

Ni souci de soi, ni détachement

Le lieu de délivrance est devant moi

 

Ceux qui fuient les monts et les déserts

Ne trouveront jamais la paix

 

Le but que je recherche est difficile Ô mes amies

Mais qui a pu l’atteindre sans tourments

 

Sassui dans le désert

 

Sa  quête vaut bien la mort

Cette séparation, comme elle est dure à supporter,

 

Qu’ils fendent les montagnes

Mon ardeur et mon courage

 

Ô mon Punnu ! Ô mon Baloutche !

Ne me fais pas perdre la face devant tout le monde

 

Avant que je ne meure

Que je te voie devant moi

                                                                         

La délaissée t’appelle

Reviens mon bien-aimé !

 

J’ai quitté Bhambore

J’ai brisé tous les liens

 

Je me suis détournée de tout  le confort

Mes yeux recherchent mon bien-aimé

 

Reviens bien-aimé

Celui qui n’a pas connu les douleurs

Que sait-il du chagrin des autres ?

Que l’on me pointe du doigt, soit

 

Je viendrai vers toi

Reviens vers moi !

 

Pour toi, je suis heureuse même dans le désert

Je supporterai la séparation

Je ne me plaindrai pas

Si  là est mon bien

 

Epuisée et sans soutien

Parviendrai-je jamais à Ketch ?

 

Le soir est tombé, le soleil se couche

Où es-tu mon bien-aimé ?

 

Sassui tombe épuisée

 

Je demande à tous s’ils t’ont vu passer

Mais ces pauvres paysans

Que savent-ils de toi ?

Que toi-même viennes vers moi

Mes larmes, je n’arrive pas à les retenir

De douleur ma poitrine éclate

Que dans la poussière je disparaisse

Que je t’y retrouve !

 

Sassui est ensevelie. Seul le bout de son foulard sort de la terre

 

Punnu arrive en courant. Il voit le bout de foulard. Il est englouti par la terre à son tour

 

Dernière scène :

 

Le chant de Sassui entonné par 2 choristes

 

Un chant agréable résonne dans mon corps et dans mon âme

Ami, ton amour embaume mes espoirs

 

Reviens mon bien-aimé, tu manques à mes yeux

Comment puis-je être tranquille à Bhambore sans toi

 

Personne ne peut me consoler, moi délaissée dans ce monde

Ami, ton amour embaume mes espoirs

 

Hors toi, Ô mon sage ! Qui peut effacer mes douleurs

De qui faire mon confidant, qui va me donner le courage

 

La saison des pluies n’est que l’automne pour moi

Ami, ton amour embaume mes espoirs

27 mars 2012

La pièce "Sassui et Punnu" jouée à l'Alliance Française de Karachi lors de la semaine de la Francophonie

 

La pièce "Sassui et Punnu" basée sur la poésie du poète soufi du Sind, Shah Abdul Latif Bhittaï, a été jouée à l'Alliance Française de Karachi lors de la semaine de la francophonie. Huma Mir a joué le rôle de Sassui, Yousuf Shahid était le conteur, Zubeida et Huma Hussain ont chanté "le chant de Sassui"

 

 

Présentation de la pièce: Hidayat Hussain et Daniel Baillon

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Huma Mir dans le rôle de Sassui

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Yousuf Shahid, le conteur

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Huma Hussain et Zubeida "Le chant de Sassui"

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28 septembre 2011

Pièces basées sur des poèmes de Parveen Shakir et de Sultana Waqasi jouées à l'Alliance Française de Karachi

Deux pièces basées respectivement sur la traduction française par Hidayat Hussain du poème ourdou "La malheureuse" de la poétesse Parveen Shakir et du poème sindhi de la poétesse Sultana Waqasi "¨ô soleil ne te lève pas aujourd'hui !" (Sur l'assassinat de Benazir Bhutto) ont été jouées à l'Alliance Française de Karachi le 27 juin 2011 lors de la présentation de l'ouvrage "Ce soir oppressant n'en finit pas de finir- le Pakistan raconté par ses poètes". Quelques photos de ces pièces et de l'auditoire:

 

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22 mai 2011

Le`recueil de traductions de la poésie ourdou "Ce soir oppressant n'en finit pas de finir"est paru

 

Ce soir oppressant n'en finit pas de finir - Le Pakistan raconté par ses poètes 

Hidayat HUSSAIN 

Preface de Michel Boivin, chercheur au CNRS

ISBN : 9782756320526
Nb de pages : 172 
prix en librairie : 14.5 €
genre : Poésie
parution : 5/2011

Achat par correspondance :14.5 €  + port 3 € 

Achat par 


Vous pouvez commander par Amazon. fr

http://www.amazon.fr/soir-oppressant-nen-finit-finir/dp/2756320528/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1305913341&sr=8-1

 

Une presentation de l'ouvrage figure sur le site-web de l'editeur egalement:


http://www.editions-benevent.com/livre.php3?isbn=9782756320526


21 mars 2011

La goualante du dernier homme

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Poème inspiré par les assassinats de militants nationalistes et d'intellectuels baloutches  perpetrés par les forces de l'ordre pakistanaises

(Iftikhar Arif traduit par Hidayat Hussain)

 Les courtisans du roi sont satisfaits que

 Pendent aux murailles de la ville

 La tête tranchée, les bras en l’air

 Ceux qui tenaient haut la tête

 Les lamentations du peuple furent  noyées dans le vacarme des trompettes

 Le capital de la patience fut épuisé par  le désarroi  de la prière

 L’espoir de la rétribution fut consumé par l’incertitude de la reconnaissance

 Ni les mots inspirent confiance

 Ni  le sang a de la valeur

 Il y a la paix partout

 Les courtisans du roi sont satisfaits que

 Pendent aux murailles de la ville

 La tète tranchée, les bras en l’air

 Ceux qui tenaient haut la tête

 Le fossé autour de la forteresse du Pouvoir fut comblé de rebelles

 Et le butin réparti

 Les cordes de la tente qui abritait l’éloquence et le verbe

 Furent coupées

 L’ambiance est telle que même l’espoir tient de la folie

 Il y a la paix partout

 Les courtisans du roi sont satisfaits que

 Pendent aux murailles de la ville

 La tète tranchée, les bras en l’air

 Ceux qui tenaient haut la tête

18 mars 2011

Poème écrit dans une saison de peur

Poeme d’Iftikhar Arif traduit de l’ourdou par Hidayat Hussain

 

peur_et_desolation

 

Les oisillons qui voulaient essayer leurs ailes

Mesurer les contours des vents

Craignent désormais de retourner à leurs nids

Qui sait que quel trappeur veut expérimenter quel filet

Quelles fleurs souhaite-t-il  faire éclore sur quelles branches

Les prédateurs aveugles comme leur conscience

Ne connaissant rien à la dignité

Et quand les gibiers ne font pas défaut

Veulent priver de voix les branches vivantes

Veulent grand ouvrir les portes à tous les excès

O mon dieu ! Je t’invoque au nom des champs apeurés

Au nom des branches en attente de chants

Vivement de la protection pour ceux qui prennent leur élan !

Vivement une saison de bon augure !

13 mars 2011

L’homme de Kaboul – Un "Polar" engagé

Note de lecture par Hidayat Hussain sur le roman « L’homme de Kaboul »de Cédric Bannel

Ce Polar pour une fois ne prend pas comme héros un Occidental qui déjoue les desseins des ennemis de la civilisation mais un humble Afghan, un policier consciencieux qui prend ses enquêtes au sérieux même au risque de déplaire aux « Pouvoirs » à savoir le gouvernement en place à Kaboul et les forces de coalition.  C’est Oussama Kandar, le chef de la Brigande Criminelle de Kaboul. La vie d’Oussama Kandar est parcourue de l’histoire récente de l’Afghanistan. Il avait suivi un stage de perfectionnement comme jeune inspecteur à Moscou peu avant la période d’occupation soviétique avant de faire partie des Moudjahidines sous l’occupation soviétique. Pendant le règne des Talibans il est tireur d’élite dans les forces d’Ahmed Shah Massoud. Outre le dari, il parle couramment l’anglais et un peu de turc en plus de russe. Même s’il est connu pour sa piété il demeure une cible pour les Talibans. Il habite une maison modeste en brique et torchis, avec un toit plat, comme on en trouve dans tous les quartiers  populaires des villes afghans: Sa femme, Malalai Kandar, est  gynécologue. Indépendante, féministe et libre d’esprit. Elle avait effectué l’essentiel de ses études de médicine à Bakou, du temps de l’Union Soviétique. Elle supporte tant bien que mal l’ordre moral afghan, sa tache rendue plus facile par le fait que tous les patients sont des femmes.  Malgré trente ans de mariage et deux enfants  adultes, le couple affiche  une solidité aussi parfaite qu’au premier jour. Oussama n’a jamais trompé sa femme, ni  songé à en prendre une plus jeune.

 

L’histoire se déroule en grande partie à Kaboul  sur fond d’un pays occupé par les forces de coalition dont en premier lieu les américains qui soutiennent le régime corrompu de Karzai.  Des officines soutenues par les forces américaines, telle que "Blackwater", mercenaires utilisés par la coalition dans les missions sensibles,  se croient tout permis. S’y ajoute le fait qu’en proie à l’impopularité croissante le régime Karzai joue un jeu dangereux. Sous  couvert de réconciliation nationale avec les ex-talibans, il ouvre sournoisement l’appareil  d’état à leur influence, préparant de facto leur retour au pouvoir, sous une forme plus ou moins déguisée. 

 

Un homme d’affaires, Wali Wadi, est « suicidé » à Kaboul. C’est Oussama Kandar, en tant que le Chef de la Brigade Criminelle, qui mène l’enquête.  Wali Wadi était un intermédiaire, connu pour divers trafics en lien avec les autorités d’occupation. Il « gérait » les responsables publics locaux pour acheter leur silence pour le compte de «Willard Consulting » basée en Suisse qui assure des fournitures pour l’Iraq et l’Afghanistan dans le cadre de l’occupation par les forces de coalition. Ces fournitures donnent lieu aux détournements massifs de fonds : Faux certificats de bonne fin pour des usines ou des bâtiments imaginaires, commandes gonflées de carburant, d’eau potable et de toute sorte de produits de première nécessité, commandes d’armes fantômes destinées à des régiments imaginaires. Mandrake, directeur financier chez Willard Consulting, qui était en relation avec Wali Wadi et Ahmed Ben Gazi, qui assure la même mission en Irak  pour Willard Consulting que Wali Wadi en Afghanistan, s’empare de documents prouvant la corruption qui sous-tend ces fournitures et entend faire éclater la vérité.  Il veut dénoncer ces gangsters policés, qui ont fait de grandes études, qui portent costumes de marque et cravate de prix, mais des gangsters tout de même. Wali Wadi et Ahmed Ben Gazi sont assassines dans un intervalle de quelques jours. Mandrake réunit toutes les preuves de corruption dans un rapport qui détaille la méthodologie utilisée pour les détournements de fonds ,  y joint les extraits de comptes bancaires aux iles Caïmans, aux Bahamas, a Hong Kong, et bien sur en Suisse. Il quitte son travail et est en cavale pour échapper aux poursuivants de l’Entité commandités par Willard Consulting.. Qu’est que l’Entité ?  Elle est basée à Berne sous forme d’une structure très discrète de missions secrètes pour le compte exclusive de quelques gouvernements et grandes entreprises multinationales. Elle s’abrite derrière de multiples paravents qui en constituent les visages officiels, entreprises, associations à but non lucratif ou instituts aux noms évocateurs. Une vingtaine d’hommes appelés les »K » constituent les troupes de choc de l’Entité. Ils  vivent dans un secret encore plus absolu que le reste de l’équipe.

 

Nick est un analyste chez l’Entité. Sa curiosité sur la vraie nature de l’Entité est éveillée pendant la traque de Mandrake. Il décide de couper les ponts avec cet organisme. Il décide qu’il ne pourrait jamais faire confiance à des hommes aussi cyniques et cruels. Il a envie de les arrêter dans leur folie. Il a envie de les détruire. Il découvre que l’Entité essaie de liquider Oussama Kandar car il poursuit l’enquête sur le « suicide » de Wali Wadi  très consciencieusement et est parvenu à dépister Dortmund, l’agent de l’Entité qui avait tué Wali Wadi. Oussama Kandar échappe à toutes les tentatives de le tuer autant grâce a son réseau de contacts qu’a la chance.

 

Nick s’évade de l’emprise de l’Entité et décide de rejoindre Oussama Kandar à Kaboul afin de lui dire la vérité. Apres un long périple qui l’amène de Suisse en Italie, ensuite à Dubaï et à travers le Pakistan à Kaboul en Afghanistan, il se présente chez Oussama alors que celui-ci est sur le point de s’enfuir pour échapper aux hommes que les autorités à Kaboul ont lancés à ses trousses.  Entre autres il est aidé par un dirigeant Taliban planqué à Kaboul : Mollah Bakir, que Oussama Kandar découvre, est un révolutionnaire, un nationaliste croyant, plus qu’un islamiste.

 

Au fil de cavales rocambolesques, et d’histoires crapuleuses ce Polar « engagé » nous apprend beaucoup de choses sur la guerre en Afghanistan qui se révèle comme une guerre sans principes qui ne fait que prolonger le calvaire d’un peuple meurtri dont l’âme se trouve niée par plus de trente ans de guerres : occupation soviétique, brutalités sous le règne de Talibans et actuellement la prétendue guerre contre le « Terrorisme »

 

 

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26 janvier 2011

Egypte, ô Egypte !

Que l’on informe tous les régents qu’ils dressent leurs bilans            

Quand montera le raz-de-marée de la plèbe Il n’y aura que l’échafaud devant eux

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EXODE chap. - 3 : Longtemps après Pharaon mourut. Pendant ce temps Moïse faisait paître au désert les troupeaux de Jéthro son beau-père. Un jour qu'il s'était approché du Mont Horeb (la Montagne de Dieu), soudain, il vit une chose étrange "un buisson en feu, qui brûlait sans se consumer ! C'est alors qu'il entendit soudain une voix venant du milieu du buisson, c'était Dieu qui l'appelait - " Moïse, Moïse ! " 

Coran  28 - 30 : Moïse étant au service de son beau-père, amena son troupeau vers la montagne (du Sinaï) quand soudain il aperçut un buisson en feu qui ne se consumait point ! :Quand Moïse fut à l'endroit du feu, une voix sortit du buisson qui l'appelait, Moïse , je suis le Maître de l'Univers. 

Feu de nouveau au Mont Sinaï

Poème de Faiz Ahmed Faiz écrit lors de la guerre Arab-Israel de 1973

(Traduit de l’ourdou par Hidayat Hussain)

Feu de nouveau à la vallée de Sinaï

Brille de toutes ses couleurs la flamme de la vérité

Peut mener droit à la mort

L’invitation de l’Eternel à visionner la vérité

C’est l’heure pour ceux qui ont de la vue

Avez-vous le courage de regarder ?

O l’orgueil de la folie !

As-tu le courage ?

De prendre la voie de l’au-delà ?

Feu de nouveau à la vallée de Sinaï

Brille de toutes ses couleurs la flamme de la vérité

Purifiez vos cœurs !

Peut être que sur cette tablette

Descende un nouveau pacte entre vous et moi

Le rituel d’oppression est le propre des privilégiés de cette terre

Et au gardien de la foi de leur apporter son soutien

Pour en finir avec l’obéissance et l’acquiescence des siècles

Il faut bien que descende un commandement de refus

Ecoutez ! Peut être que cette lumière

Est le premier mot d’un nouveau testament

Qui se révèle aux damnés de la terre

Ecoutez cette voix !

Qui dit que

Nous qui sommes sans recours

Sommes désormais ceux qui savent

Sommes ceux qui créent

Sommes ceux qui voient

Que l’on informe tous les régents

Qu’ils dressent leurs bilans

Quand montera le raz-de-marée de la plèbe

Il n’y aura que l’échafaud devant eux

Personne pour les sauver

C’est ici bas que seront prononcées les récompenses et les sanctions

C’est ici bas que se déroulera le jugement dernier

31 août 2010

Lakhtaï

Ces garçons imberbes qui gagnent leur vie en dansant dans les fêtes de mariage dans les régions pachtounes du Pakistan

(Poème d’Ahmed Faraz traduit par Hidayat Hussain)

Scintillent les clinquants,

Sur les mèches à demi coupées.

Palpitent les couches de fard,

Sur les joues rugueuses.

Crépitent comme la lampe au crématoire,

Les yeux sur un visage froid inanimé.

Le tressaillement simulé

D’un corps las,

On dirait la courbature d’une vieille branche.

La lenteur trébuchante,

Des pas alourdis,

Comme le courant dans un cours d’eau asséché.

L’envol des bras au dessus de la jupe tournoyante,    

Tel un voilier pris dans un tourbillon,

Ou comme les sillons que provoque dans la mare,

Un jet de cailloux.

Reluisent comme une source d’eau dans le désert,

Des gouttes de sueur,

Sur le front empoussiéré.

Tintent les bracelets de cheville

Comme s’effondrerait au lointain un château de verre.

Cheveux ébouriffés.

Joues poussiéreuses.

Lamentations aux lèvres.    

Telle une ombre figée,

La vie se trémousse,

Au son du tambour,

Pour quelques pièces de cuivre.