Réalisé par Hidayat Hussain

 

Projection de l’image de Bhambore sur l’écran, Avec la chanson de Zarina Baloch (http://www.youtube.com/watch?v=RE-wWwr85jM&feature=player_embedded) en arrière-fond :

Bhambore1

 Voix-off :

L’histoire de l’amour de Sassui et de Punnu s’est déroulée à Bhambore, qui  est située à 65 kilomètres de Karachi. Bhambore était un ancien port du Sind à l’embouchure de l’Indus connu également sous le nom de  Daybul. La ville a été détruite soit par un changement du cours de l’Indus, soit par un séisme.

 

Projection de l’image de Monik Kervran lors de sa mission de fouilles dans le Sind :

 

 MAFS-photo-3

 Voix-off:

Monik Kervran, archéologue française qui a dirigé  la mission archéologique française au Sind (MAFS) de 1989 à 2002, a été frappée lors de ses travaux archéologiques à Bahrein et à Oman par la présence d’objets en céramique rouge. La  recherche de la provenance de ces céramiques l’a conduite au Sind. Lors d’une visite privée en 1987, elle a trouvé des carrelages rouges dans de vieux ports du Sind tels que Daybul, que l’on appelle également Bhambore. Ces céramiques dataient du 4ème siècle avant J-C au 10ème siècle après J-C. Le gouvernement français a conclu avec le gouvernement du Sind un accord en 1989 pour effectuer des fouilles archéologiques dans la région. Pour diverses raisons, les fouilles n’ont pu être effectuées à Bhambore mais principalement à Sehwan. Toujours est-il que la mission a découvert six ports qui existaient dans l’antiquité sur la côte du Sind.

 Fort heureusement, Monik Kervran va enfin pouvoir réaliser son projet d’effectuer des fouilles à Bhambore. Elle vient de recevoir l’autorisation nécessaire et va très bientôt commencer son travail.

 Revenons à l’histoire d’amour de Sassui et Punnu :

 Selon les récits, ce conte d’amour date de la période pendant laquelle Raja Dalo Rai régnait sur le Sind. L’un de ses nombreux ministres était un Brahmane, Nathon. Il était très riche mais il n’avait pas d’enfant. L’on raconte qu’un devin avait prédit que Nathon aurait un enfant, une fille, mais qu’elle épouserait un musulman.

 Et ce fut bien une fille que sa femme mit au monde. Quand le Brahmane apprit la naissance de leur fille, sa femme et lui convinrent d’enfermer le nouveau-né dans une caisse et de la jeter à la rivière afin qu’elle soit transportée par le courant vers un autre pays. Le courant emporta la caisse à Bhambore. Le blanchisseur Mohammad, qui lavait du linge au bord de la rivière, la récupéra et amena la petite fille chez lui.  Il la  nomma Sassui. Elle était extrêmement belle, d’une beauté qui alla croissant à mesure qu’elle grandissait, et ainsi sa renommée s’étendit.

 Des caravanes propagèrent la nouvelle de la beauté de Sassui jusqu’à Ketch, au Makran. Punnu, un prince de Ketch, entendant ce qui se disait, se déguisa en marchand et se mit en route pour Bhambore à la recherche de Sassui. Lorsqu’ils se rencontrèrent, les deux jeunes gens ne purent se quitter des yeux.  L’étincelle allumée dans le cœur  de Sassui se transforma en une flamme qui l’embrasa tout entière. Il en alla de même de Punnu.  Sassui confia ses états d’âme à son amie et confidente Saki. Celle-ci tenta de la consoler comme elle put. Mais quand elle sentit que Sassui ne pourrait pas vivre sans Punnu, elle décida de parler à ses parents afin qu’ils demandent à Punnu de l’épouser. Mohammad le blanchisseur, après les vérifications d’usage concernant le futur époux, lui offrit Sassui en mariage. Le père de Punnu, Ary Jam, ne put supporter que son fils épouse la fille d’un blanchisseur. Ainsi ordonna-t-il à ses autres fils d’enfourcher leurs montures afin de partir à sa recherche et de le reconduire à Ketch.

 Parvenus à Bhambore, les trois frères firent boire à Punnu et Sassui un elixir qui leur fit perdre connaissance. Allongeant alors Punnu sur le dos d’un chameau, ils prirent à vive allure la route de Ketch. Cependant, Sassui se réveilla. Ne trouvant plus Punnu à ses côtés, elle se mit à sa recherche, courant en tous sens, désemparée.

 S’apercevant que les trois frères avaient disparu avec leurs montures, elle se lança sur la route en suivant l’empreinte des pas des chameaux. Saki essaya en vain de la retenir. Elle courut, courut, traversant les monts, les vallées, les bois et les rivières, jusqu’au désert qui s’étendait à perte de vue. Epuisée, elle tomba et, avisant un berger qui se trouvait dans les parages, lui demanda s’il avait vu passer une caravane. Le berger, voyant une fille aussi belle, fut gagné par un puissant désir. Il tenta de l’amener de force dans sa hutte, mais Sassui appela Punnu à son aide. A bout de force, elle invoqua son dieu, l’implorant de la faire disparaître sous terre pour la sauver de ce berger malhonnête. Sa prière fut entendue : la terre se fendit sous ses pieds, et. Sassui  fut ensevelie. Lorsque la terre se referma, seul un bout de son foulard dépassait du sol.

 De son côté, Punnu reprit conscience et réalisa qu’il se trouvait ligoté sur le dos d’un chameau. Il en demanda la raison à ses frères, et le cadet lui répondit qu’ils le conduisaient à Ketch comme leur père le leur avait ordonné. Entendant cela, Punnu se débattit de toute ses forces et réussit à se délier. Se jetant à bas du chameau, il se mit à courir si vite que ses frères ne purent le rattraper. Suivant à rebours les traces de pas des chameaux, il s’était élancé dans la direction de Bhambore en criant « Sassui, Sassui !». Il parvint enfin à l’endroit où Sassui avait été engloutie par la terre. Le berger, abattu par ce qu’il avait fait, se trouvait toujours là. Sûr que Sassui s’était également lancée sur la route à sa recherche, Punnu demanda au berger s’il avait vu passer une très belle fille. Le berger pointa alors le bout du foulard qui dépassait du sol. Punnu reconnut le foulard de Sassui, et pria à son tour afin d’être également englouti dans la terre. La terre se refendit. Ainsi Punnu rejoignit-il Sassui dans les profondeurs, et les deux amoureux furent réunis à jamais.

 Selon l’anthropologue français, Michel Boivin, spécialiste du Sind :

Projection de la citation de Michel Boivinsur l'écran :

 « Sassui incarne plusieurs facettes de la culture  sindhi. Née dans une famille de brahmanes, elle fut élevée par un blanchisseur musulman, avant d’être épousée par un prince. Mais la famille de ce dernier n’accepta pas cette mésalliance et ses frères enlevèrent le prince. Les deux amants se chercheront dans les dunes brûlantes du désert avant de sacrifier leur vie pour être à nouveau réunis. Les bardes chantent cette légende depuis des siècles mais dans l’œuvre du soufi Shah Abdul Latif (m. 1752), Sassui est en fait une allégorie de l‘union mystique. »

 Voix-off

 Nous prenons l’histoire au moment où Sassui reprend conscience après l'enlevement de Punnu.  Nous laissons Shah Abdul Latif Bhittai, le grand poète soufi du Sind, qui se fait l'interprète de Sassui, raconter son calvaire en vers:

  

 Sassui

Où est parti mon amour ? Que dois-je faire ? Où dois-je aller ?

Ô mes amies ! On m’a trompée, comment vais-je le retrouver ?

Où est parti mon amour ?

 

Dans mon sommeil j’ai sursauté, une tristesse s’est emparée de moi

Les étrangers sont partis sans moi, Jusqu’à quand verserai-je des larmes

Où est parti mon amour ?

 

Les amies de Sassui essaient de la retenir

Ô mes amies ! Où irai-je le chercher ?

Ces étrangers m’ont abandonnée

 

Ceux du peuple de mon Punnu

Ses élégants frères

Apres avoir paré leurs chameaux

Après m’avoir endormie

 

Ils se sont détournés ces étrangers

Ils m’ont laissée seule ces étrangers

 

Comme cela serait bien, s’ils revenaient

Et m’emmenaient avec eux

J’ai mal de Punnu

Qui va me dire comment il va ?

 

Ils m’ont brisé le cœur

Ils m’ont laissée seule ces étrangers

 

Sassui s’écarte de ses amies qui essaient de la retenir

Allez-vous en mes amies !

La solitude est mon sort

 

Me font signe et m’appellent

Les dunes brûlantes du désert

 

Qu’il ne finisse par vous brûler, vous aussi

Le feu qui me consume

 

La quête de notre union

Où me conduira-t-elle ?

 

Sassui se met à courir

Ô mes amies !

L’étendu de l’univers est devant moi

 

Ceux qui cherchent la facilité n’ont rien à faire ici

Il n’y a que des épreuves devant moi

 

Le courage de tout surmonter

Les limites de l’impossible sont devant moi

 

Ni souci de soi, ni détachement

Le lieu de délivrance est devant moi

 

Ceux qui fuient les monts et les déserts

Ne trouveront jamais la paix

 

Le but que je recherche est difficile Ô mes amies

Mais qui a pu l’atteindre sans tourments

 

Sassui dans le désert

 

Sa  quête vaut bien la mort

Cette séparation, comme elle est dure à supporter,

 

Qu’ils fendent les montagnes

Mon ardeur et mon courage

 

Ô mon Punnu ! Ô mon Baloutche !

Ne me fais pas perdre la face devant tout le monde

 

Avant que je ne meure

Que je te voie devant moi

                                                                         

La délaissée t’appelle

Reviens mon bien-aimé !

 

J’ai quitté Bhambore

J’ai brisé tous les liens

 

Je me suis détournée de tout  le confort

Mes yeux recherchent mon bien-aimé

 

Reviens bien-aimé

Celui qui n’a pas connu les douleurs

Que sait-il du chagrin des autres ?

Que l’on me pointe du doigt, soit

 

Je viendrai vers toi

Reviens vers moi !

 

Pour toi, je suis heureuse même dans le désert

Je supporterai la séparation

Je ne me plaindrai pas

Si  là est mon bien

 

Epuisée et sans soutien

Parviendrai-je jamais à Ketch ?

 

Le soir est tombé, le soleil se couche

Où es-tu mon bien-aimé ?

 

Sassui tombe épuisée

 

Je demande à tous s’ils t’ont vu passer

Mais ces pauvres paysans

Que savent-ils de toi ?

Que toi-même viennes vers moi

Mes larmes, je n’arrive pas à les retenir

De douleur ma poitrine éclate

Que dans la poussière je disparaisse

Que je t’y retrouve !

 

Sassui est ensevelie. Seul le bout de son foulard sort de la terre

 

Punnu arrive en courant. Il voit le bout de foulard. Il est englouti par la terre à son tour

 

Dernière scène :

 

Le chant de Sassui entonné par 2 choristes

 

Un chant agréable résonne dans mon corps et dans mon âme

Ami, ton amour embaume mes espoirs

 

Reviens mon bien-aimé, tu manques à mes yeux

Comment puis-je être tranquille à Bhambore sans toi

 

Personne ne peut me consoler, moi délaissée dans ce monde

Ami, ton amour embaume mes espoirs

 

Hors toi, Ô mon sage ! Qui peut effacer mes douleurs

De qui faire mon confidant, qui va me donner le courage

 

La saison des pluies n’est que l’automne pour moi

Ami, ton amour embaume mes espoirs